Synthèse, première partie

Les obstacles


Des sources abondantes - Peu de vestiges sûrs

1: DES SOURCES ABONDANTES

En 2 ans, une somme assez importante de documents abordant directement ou indirectement la période antique dans cette partie du Haut-Couserans a pu être étudiée.

Depuis 1931, la thèse de R. LIZOP sur le Comminges et le Couserans gallo-romains est la référence obligée pour qui veut aborder l'étude du Haut-Couserans dans l'Antiquité. La plupart des sites considérés aujourd'hui comme gallo-romains sont signalés par l'historien. Or il est apparu lors de notre inventaire que LIZOP n'était pas toujours venu vérifier sur place: l'exemple de la "mine du Pouech" démontre la méconnaissance du terrain en Haut-Couserans ;R. LIZOP situe cette mine à Seix alors qu'elle se trouve en fait à Aulus, à près de 20 km de là. De plus, le Pouech ne désigne pas une mine en particulier, mais le massif montagneux où se trouvent les Ouels et Castelminier (cf inventaire d'Aulus). Il s'avère que là, comme beaucoup d'autres fois, l'historien s'est inspiré d'ouvrages ou d'articles antérieurs sans vérifier la réalité des faits.
D'autres auteurs ont été repris en toute confiance par LIZOP alors que leurs dires étaient parfois très contestables :

D'ASSIER a, semble-t'il, imaginé la découvertes de vestiges antiques à Aulus dans le but de promouvoir les thermes du village (cf chapitre "Aulus"); Dans sa Notice historique sur le Couserans, le sénateur-maire BORDES-PAGES, promoteur des thermes de Seix, a de son côté essayé de démontrer l'origine romaine de sa commune, ancienne Aquae Sextiae.

En fait, c'est un petit noyau de quelques auteurs du XIXème siècle, parmi lesquels d'ASSIER et BORDES-PAGES, qui est très souvent repris par la plupart des auteurs des générations suivantes ; d'une certaine façon, cela expliquerait l'enracinement profond de bon nombres d'idées reçues concernant la présence des Romains dans le secteur.

Les exemples que nous venons de citer sont les plus flagrants ; d'autres erreurs moins importantes sont signalées dans l'inventaire:

A plusieurs reprises, tel pont est considéré par la tradition ou la littérature comme un ouvrage antique ; c'est notamment le cas à Ustou et Ercé. En fait, actuellement, nous ne pouvons faire la différence entre un ouvrage médiéval et un ouvrage antique ; nous sommes en outre en mesure de nous demander s'il n'y a pas dans certains cas confusion entre pont "romain" et pont "roman".

La toponymie a inspiré bon nombre de personnes depuis le siècle dernier: dans beaucoup de communes, il se trouvera quelqu'un pour expliquer que le nom de l'endroit a une origine romaine ou pré-romaine. Malheureusement, si l'origine latine de quelques mots semble évidente (Couflens à un confluent par exemple), cela ne correspond pas forcément à une origine romaine ; l'immense majorité des mots gascons ou languedociens sont formés sur une racine latine. D'autre part, la multiplication des hypothèses concernant un même lieu (à Seix et Oust par exemple) démontre bien qu'il est vain d'essayer de prouver l'origine antique d'un site uniquement par la toponymie, alors que les vestiges archéologiques y sont inexistants.
Tous les observateurs attentifs ont été frappés par la fréquence des suffixes "ein" dans les noms de plusieurs lieux du Castillonnais. Certains auteurs y ont vu une origine pré-romaine, d'autres les seuls vestiges de la présence des Wisigoths dans le secteur. Quant à nous, pourquoi n'y verrions-nous pas le suffixe latin "inus"? En réalité, le mystère reste entier, et là encore, la plus grande prudence est de rigueur.

Paradoxalement, il semblerait que certaines des sources les plus objectives ne soient pas l'oeuvre d'historiens, mais plutôt celle de personnes confrontées au terrain :

-Il s'agit tout d'abord de sources anciennes, antérieures au XIXème siècle ; MALUS en 1600, et de DIETRICH en 1786, sont chargés par le pouvoir de dresser un état des mines du secteur à leur époque. Certaines descriptions du premier semblent fantaisistes, mais elles ont le mérite d'être les premières informations modernes sur l'exploitation des mines couserannaises. M. de FROIDOUR, en 1660, écrit à M. de Héricourt et M. de Meudon pour leur faire part de ses pérégrinations dans le secteur. Il est ainsi conduit à décrire la région telle qu'elle se présente au XVIIème siècle. En fait, ces sources permettent seulement de dire qu'un site existait déjà à l'époque moderne ; elles ne prouvent nullement son origine antique. LIZOP a lui tendance à considérer très rapidement qu'un site antique précédait la mine moderne.

-Nous disposons ensuite des écrits des ingénieurs des mines, des archives des mines et des carrières, qui permettent de reconstituer l'évolution d'un site depuis deux siècles, et de repérer l'apparition des nouvelles exploitations. Ainsi, par exemple, s'aperçoit-on que les carrières de Balacet et d'Uchentein sont une création de la deuxième moitié du XIXème siècle.

2: PEU DE VESTIGES SÛRS

Cette abondance des sources modernes et contemporaines contraste avec la pauvreté des vestiges antiques retrouvés.

-Dans le canton d'Oust, n'ont été relevés que peu d'éléments antiques certains une auge cinéraire et un crassier à Soueix ; un As de Vespasien à Ustou ;d'autres trouvailles nous ont été signalées, mais n'ont pu toujours être vérifiées : monnaies à Seix et Couflens, et surtout des tessons d'amphores à la mine des Argentières à Aulus.

Le Massatois paraît pour l'instant assez pauvre en vestiges, mais n'a pas encore fait l'objet dune prospection systématique: seule la commune de Massat a révélé des vestiges (monnaies romaines, fragments de poteries, poignard en fer, ainsi qu'un buste de femme).

-Le Castillonnais a livré un peu plus de vestiges concernant l'Age du Fer et l'Antiquité :

Age du Fer : à Uchentein, des objets en bronze ; à Bordes, des urnes et des cercles de pierres; à Balagué, une mine de fer et un petit pot.

Antiquité: à Arrien, une inscription funéraire ; à Bordes, un autel votif ; à Argein, un autel votif ; à Balagué, une auge cinéraire, peut-être une mine et un cercle de pierres à Saint-Lary, une meule à Sentein. Plusieurs monnaies romaines auraient été découvertes dans le Castillonnais par le passé ; elles n'ont pas été pas retrouvées.

-Dans la Basse vallée du Lez, les vestiges sont plus nombreux à Moulis (pile, carrière, monnaies, villa, réemplois).

Nous n'insisterons jamais assez sur la difficulté que pose une telle pauvreté pour traiter le problème de l'Antiquité dans le Haut-Couserans. En effet, ce n'est pas parce que le chercheur actuel ne retrouve pas de vestiges sur le terrain qu'il faut en conclure qu'un site n'a pas existé dans l'Antiquité. On estime généralement que depuis 2000 ans, les colluvions ont surélevé le fond des vallées de près de 2 m. On n'ose imaginer la quantité des vestiges recouverts ou détruits au cours de ces 20 siècles.

De plus, la désertification du milieu montagnard et la disparition des agriculteurs ne favorisent pas les découvertes sur le terrain ; il est très intéressant de constater que les trouvailles de l'abbé CAU-DURBAN à la fin du siècle dernier ont été faites à une période où la montagne était surpeuplée et où la moindre parcelle de terre était exploitée ; au début, ce sont d'ailleurs souvent des paysans qui venaient avertir l'abbé d'une découverte qu'ils avaient faite dans un champ ou à l'occasion de travaux ;  paradoxalement, ces travaux qui permettaient les découvertes entrainaient également la destruction des sites (les cercles de pierres d'Ayer ont disparu).

Enfin, le mobilier retrouvé pose lui aussi un certain nombre de problèmes. Quand il est retrouvé dans un musée, chez un particulier, ou bien en réemploi, le mobilier est totalement privé de tout contexte archéologique ; autrement dit, nous ne connaissons ni son site d'origine, ni la couche où il a été retrouvé ; la partie la plus intéressante de l'information que pourrait nous offrir l'objet nous échappe.

Pour être d'une utilité maximale, le mobilier doit être retrouvé in situ. A priori, le sondage archéologique s'avère être le meilleur moyen d'arriver à ce résultat ; en fait, dans toute la zone concernée par notre étude, seuls trois sites ont été fouillés (Bernadès, Castelminier et Notre-Dame de Vic).


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